Les jardins du Fier

Saber Tayebi
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Les jardins du Fier

Message par Saber Tayebi »

Tayebi Saber-Michaël
Maraicher
Prestataire en traction animale
Organisation de stage et de formation en attelage et TA
Auto-constructeur débutant mais enthousiaste

mais aussi enseignant et prof de judo

Vous trouverez ci dessous mon parcours et mes réflexions un peu plus développés.



TAYEBI Saber-Michaël



Un parcours et une expérience en traction animale
Points de vue et proposition sur la filière


Mon parcours en traction animale a démarré en 2001 avec la naissance de mon projet d'installation en maraichage en Haute-Savoie.

Un de mes amis, démarrait lui, une activité de promenade touristique en calèche, dans une station de ski des environs.
C'est à ses cotés que j'acquis mes premières bases d'attelage.

Parallèlement à la calèche nous nous efforcions d'atteler ses deux juments comtoises à divers outils agricoles trouvés dans le fond des vieilles granges.
En 2002 je fais l'acquisition d'un jument expérimentée en suivant l'adage « jeune meneur, vieux cheval ».
Parallèlement je développais un projet de porte-outil avec des élèves du Lycée agricole de Poisy.

Puis en 2005 Praline est arrivée.
Âgée de deux ans et achetée chez un éleveur de chevaux comtois du département, Praline n'avait que peu côtoyé les êtres humains et le débourrage fut assez long à se mettre en place et parfois tumultueux.

Le travail de débourrage permis d'effectuer des taches de plus en plus complexes pour « aboutir » en quelques sortes, à être capable d'atteler seul le cheval avec n'importe quel outil.
Tout au long du débourrage je reçut l'aide d'amis.
Le tournant du débourrage, a été le passage rapide mais déterminant, chez un ami et voisin chuchoteur, qui nous mis sur une pente de progression importante et très intéressante et du coup très encourageante et motivante.

Pour des raisons personnelles et professionnelles, j'ai mis en suspends mon activité de maraîchage à la fin de la campagne 2009.
En 2011 deux maraichers me contactent pour venir effectuer des travaux sur leur exploitation.
En 2012 à ces deux professionnels s'ajoute une troisième personne me demandant d'intervenir sur son exploitation.

Problématiques rencontrées

Thème par thème je propose une présentation une problématique auxquelles j'ai été confronté et des solution que j'ai pu trouver ( mais ce n'est pas toujours le cas) et mettre en place.
Le recul permet d'avoir également une vision critique des mes propres choix ainsi qu'une vision de ce qu'il aurait fallut faire et ne pas faire.

1) L'animal
J'ai démarré mon activité avec des animaux préalablement dressés par d'autres.
Ces animaux calmes et dociles sont très indulgents avec le néophyte que j'étais alors.
Mais rapidement le souhait de faire un animal « à ma patte » m'a poussé à prendre un animale jeune qu'il faudrait dresser.
Trouver un éleveur ne fut pas trop difficile; j'avais déjà des contacts dans la filière.
Mon erreur fut d'opter pour un animal peu familier de l'humain. Ce qui entraina un travail supplémentaire: il fallait apprendre à une jeune pouliche pour qui l'homme est génétiquement un prédateur, que celui qui venait la voir tous les jours dans le parc n'avait pas d'intentions hostiles.
Si je devait être amené à dresser d'autres animaux, soit je m'orienterai sur un animal plus jeune pour commencer très tôt le travail de mise en confiance, soit il s'agira d'un animal né dans mes prés.
Le choix de la race comtoise m'a paru évident, tant en terme de rusticité aux conditions de vie qu'en terme de gabarit et de de conformation de l'animale.

2) Le matériel

J'ai récupéré un certain nombre de vieux outils. Certains m'ont été donnés mais il fallut acheter certains autres. Des réparations plus ou moins importantes ont été nécessaires.
Et puis il a fallut les essayer et apprendre à s'en servir et à les régler.

Je me suis assez vite intéressé au matériel moderne. Cette filière était en 2005 quasiment inexistante.
Je me suis inspiré des travaux de Jean Nolle pour orienter des élèves d'un lycée agricole sur la fabrication d'un porte-outil doté d'un système trois pointS et d'un relevage hydraulique.

Ce prototype a nécessité quelques améliorations avant d'être vraiment opérationnel. Le choix de l'hydraulique est intéressant mais est problématique en terme de maintenance car il est difficile de trouver même chez des professionnels les compétences adéquat.
J'ai souvent dû trouver seul, des solutions à mes problèmes techniques.

En 2012 j'ai rencontré Roger Fillon créateur d'un port-outil très performant et très intéressant. Ce porte-outil est actuellement en test. Léger maniable et polyvalent, l'entretien et la maintenance sont assez simples.


3) Les harnachements
J'ai acheté tous les harnais chez un bourrelier extérieur à la région car ce qu'il me proposait correspondait à mon niveau d'exigence en terme de qualité et de solidité.
Certaines pièces comme le reculement ou la bride sont entièrement neuves. D'autres comme la sellette et la collane (gros collier de travail) sont des anciens harnais parfaitement rénové. Sur ce secteur là j'ai fait le choix de ne pas faire de récupération afin de travailler dans des conditions de sécurité optimum.


L'efficacité technico-économique du maraichage en traction animale


Expérience personnelle
En 2009 j'ai mis fin à mon activité de maraichage car les revenus générés n'étaient pas suffisants.
Pour subvenir à mes besoins j'exerçais parallèlement la profession de professeur de judo. L'activité relative à l'enseignement du judo se concentrait essentiellement le soir laissant mes journées libres pour vaquer à mes occupation équestres et maraichères.
Devant les difficultés à mener de front les différents aspects de mes activités, je décidais donc de mettre l'agriculture en suspends pour privilégier mon métier d'éducateur sportif, en profitant au passage pour passer entre 2010 et 2011, un brevet d'état d'éducateur sportif du second degrés(diplôme me permettant d'envisager d'intervenir en tant que cadre dans le secteur éducatif ou sportif).
Mais en 2011, deux maraichers me sollicitent pour effectuer sur leurs parcelles certains travaux d'entretiens.
Puis un troisième en 2012.

Tout au long de mon parcours, la difficulté fut d'être suffisamment performant sur la partie maraichère tout en conduisant de manière efficace le volet équestre de mon projet.
Je me suis installé sur des terrains difficiles d'accès sur un espace limité par le relief et les divers aménagement (rivières, voie ferrée, routes...)
Seul sur le projet, il m'est trop souvent arrivé d'être débordé par la quantité de chantiers à mettre en place:
Trop présent avec le cheval les chantiers maraichers en pâtissaient.
Trop attentif au cultures je négligeais le cheval qui ne travaillait pas assez.

Or un cheval n'est pas un tracteur comme je l'appris à mes dépends.
Plus le cheval travail, mieux il se comporte. C'est pour cela que les propositions de mes collègues maraichers sont tombées bien à propos puisqu'il m'a été possible de faire travailler ma jument à une bonne fréquence: régulièrement attelé l'animal est attentif et le chantier se passe dans la sérénité avec une haute qualité de réalisation.


Réflexions techniques et personnelles sur la traction animale et le maraichage

Avec l'expérience de mon parcours, il me paraît aujourd'hui difficile de préconiser une installation en maraichage en traction animale et en maraichage pour une personne seule.
Je préfère proposer le cheval comme auxiliaire de travail d'une exploitation agricole:
-soit dans le cadre d'une exploitation regroupant plusieurs personnes avec une personne dont l'activité principale serait le travail attelé pour peu que la taille de l'exploitation permette de fournir suffisamment de travail à l'animal.
-soit dans le contexte d'un prestataire de service ayant un bassin d'intervention local, avec un réseau de paysans faisant appel à ses services pour des chantiers ponctuels.

J'ai démarré mon activité de prestataire en traction animale au moment ou j'ai jugé ma compétence tant sur un plan agronomique que sur l'aspect cheval suffisante pour réaliser des travaux chez un tiers.
Mon parcours, avec ses hauts et ses bas, m'a toutefois permis d'acquérir les compétences spécifiques et diversifiées nécessaire à la conduite d'un projet en traction animale.

J'ai été plusieurs fois consulté par des personnes ayant un projet à plus ou moins long terme d'installation en traction animale.
Il s'est avéré qu'il est encore difficile de proposer un parcours d'installation « pas trop difficile ».
Entre les institutions ( pôle emploi et autre caisses de formation) qui ne jouent pas le jeu sur l'accompagnement à la formation et les difficultés d'accès aux différents éléments de l'outil de travail, la création d'une entreprise en TA reste quelque chose de très compliqué.

Dans ma conception du métier qui un jour je l'espère me fera vivre, l'entreprise en TA repose sur une équipe d'humains et d'animaux avec les contraintes liées à la compatibilité des humeurs et des caractères comme dans n'importe quelle équipe. Cette équipe doit être compétente et rodée.

L'entreprise possède un outil de travail constitué d'un parc matériel:
-des harnais
-de l'outillage
-un moyen de transport van ou camion
-des bâtiment pour le stockage du fourrage et le gite des animaux
-des pâtures

C'est la clientèle qui permet au prestataire d'exister. Le client doit trouver un bénéfice à l'intervention du prestataire en TA. Ce bénéfice peut-être de plusieurs nature.

avantages agronomiques
qualité du travail effectué
amélioration des condition de travail; faire faire au cheval des taches qu'il aurait fallu effectuer à la main.
amélioration de l'image
cohérence économique

Je souhaite développer particulièrement ce dernier point car il est primordiale de comprendre que l'argument économique n'est pas la principale motivation rencontrée auprès des professionnels qui me consultent. Certes la notion de coût entre en jeu, mais elle vient s'articuler autour des points précédemment cités. Le tout étant de trouver un équilibre entre le cout engendré par la TA et les divers bénéfices induits.
La viabilité économique et sociale d'une entreprise repose sur l'articulation de tous les éléments cités (équipe et outil de travail).
Cette mise en place est longue et compliquée et est souvent la conséquence de parcours socio-professionnels divers et parsemés d'embuches.

Un point sur ma situation personnelle

Aujourd'hui mon activité en traction animale est loin de représenter ma principale source de revenue.
C'est mon activité d'éducateur sportif qui me permet de vivre.
Cette année, la prestation de service elle m'a fourni un complétement de revenu qui ont aidé à équilibrer le budget de mon ménage.
Avec seulement trois clients il m'est encore difficile d'envisager une évolution vers une activité à temps plein.
Mon équipe est parfaitement opérationnelle et mon parc matériel en terme de harnachement et d'outillage est assez étoffé pour réaliser un grand nombre de prestationS.
J'ai un parcellaire suffisant à subvenir aux besoins de mon animal.

Ainsi, au vue des éléments sus-cités il paraît que des améliorations de mon outil de travail sont nécessaires pour viabiliser et pérenniser mon projet.
Ces améliorations nécessitent des investissements qui me sont aujourd'hui difficile à envisager. Il me faudrait plus de clients pour investir, mais il me faudrait investir dans du matériel pour toucher plus de clients.

Actions entreprises pour développer l'activité sur le secteur sud-ouest Annecy

La recherche de clients s'effectue en comptant sur le bouche à oreille.
Je tiens un blog à jour qui présente mes activités et des vidéos ou des photos de mes différents chantiers.
http://charretier74.blogspot.fr/
Organisation en septembre 2012 d'une journée de découverte de la TA chez un client-partenaire, avec l'appui du CFPPA de Contamine-sur-Arve en direction tant des professionnels que du grand public.


Leviers potentiels pour dynamiser la filière

Comme il l'a été souligné lors des réunions, les acteurs de la filière TA on avancé pendant de nombreuses années et posé les bases d'un secteur d'activité avec un fort potentiel, avec peu ou pas d'aide de l'extérieur. Ces personnes portent leur vision du cheval à bout de bras comme l'on fait les acteurs de l'agro-bio en leur temps.
Dans ce dernier secteur la France a été innovante et les paysans français ont été précurseurs. Mais le manque d'engagement et de soutien des pouvoirs publics n'a pas permis un développement suffisant de l'agro-bio. La conséquence est qu'aujourd'hui la France importe des produit bio d'autre pays pour subvenir à la demande.
Le risque aujourd'hui serait d'observer un phénomène similaire en ce qui concerne la traction animale.
Le courage et la détermination des acteurs de la TA a permis la quasi résurrection du cheval de travail, mais n'en demeurent pas moins soumis aux réalités économiques et sociales.
Si l'activité n'est pas capable de générer des revenus suffisants, elle restera en marge du monde agricole et retombera dans le folklore où l'avait confiné l'arrivée des tracteurs au cours de l'après guerre.

Certes le développement de la filière passe par:
l'amélioration de la formation
la vulgarisation,
la communication auprès du grand public et des professionnels
la mise en place de structure et de statut professionnels
la création d'un réseau d'échange, etc...
le développement de matériels et d'outils modernes performants et confortables

Autant de questions qui ont été largement abordées lors des réunions auxquelles nous avons participé. Ces mesures nécessitent des moyens humains et logistiques qui peuvent encore être difficilement financé par la filière qui peine à se trouver une rentabilité économique.

Mais sans la mise en place d'aides, directes ou indirectes ou d'encouragement de nature financière, l'utilisation du cheval de trait demeurera soumises aux sensibilités et au bon-vouloir individuels.
Le travail effectué par le cheval, que ce soit dans les champs, les jardins, les forêt dans les villes au les parcs, apporte une plus-valu sociale et environnementale.
Ainsi il serait normale que la collectivité apporte une contribution et soutienne des acteurs ( éleveurs, cultivateurs, artisans, prestataires...) qui à travers leur métier œuvrent dans le sens du bien-être commun.

Article publié sur le blog du charretier de Savoie
http://charretier74.blogspot.fr/

« A l'heure où beaucoup s'interrogent ( avec plus ou moins d’honnêteté intellectuelle) sur le bilan carbone de la production agricole, ne serait-il pas temps d’intégrer la traction animale dans un schéma d'action en faveur d'une production plus rationnelle des denrées alimentaires.
Les arguments de rentabilités sont souvent mis en avant pour défendre l'agriculture intensive ( subventionnée!) très gourmande en intrants issus de l'industrie agro-chimique (donc indirectement subventionnée!).
De plus un rapport de reporterre (http://www.reporterre.net/spip.php?article528) dévoile les subventions dont bénéficie le secteur pétrolier dans son ensemble.
Qu'on ne vienne pas maintenant nous expliquer que le cheval dans un champs (qui n'est pas subventionné lui!!) n'est pas rationnel.
Le tracteur qui fait du bruit, viole la terre, la souille de ses effluents toxiques serait rationnel parce que "rentable".
Autour de nos chevaux qui travaillent, viennent gazouiller des oiseaux. Quand le chantier commence à l'aube, il nous arrive de surprendre quelque bête au coin du champs. Derrière mon cheval je ne respire que des effluves de nos sueurs mélangées.
Nous nourrissons nos bêtes avec du foins produits localement, par nos soins ou de consciencieux voisins.
Notre outillage est léger et délicat dans son contact avec le sol.
Nous sommes les laboureurs maraichers, meneurs, charretiers, mais nos amis cochers et débardeurs peuvent raconter des histoires similaires.
Nous sommes très peu aidés, on nous regarde de travers en nous prenant tantôt, pour des farfelus des rêveurs, de dangereux "irréallistes".
Il existe donc un différence entre le tracteur acteur principal de l'agriculture mondiale et le cheval ( ou d'autres animaux) qui n'est encore qu'un figurant.
Dans la traction animale et son développement à venir, il y des enjeux politiques en terme d'autonomie paysanne et de sociétale.
Massacré, au sens propre comme au sens figuré, le cheval de trait le cheval reviens, indolent mais déterminé, marquer de ses sabots comme d'un sceau, les champs trop longtemps maltraités.
De ce retour, soyons les chantres et les hérauts. »
JOS
Messages : 78
Inscription : 05 décembre 2012, 16:14
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Re: Les jardins du Fier

Message par JOS »

Bonjour Saber

Présentation de la problématique TA très intéressante.
Peut-être que le forum va t'aider à te faire connaitre et t'aider à développer ton activité TA
Sur le lien j'ai vu un traîneau de débardage pas mal du tout. Est-il fait par quelqu'un qui accepterais de mettre plus de photos et peut-être des plans sur le forum pour des débardeur pro ou amateurs, dans l’esprit du forum?
Bon courage et à plus, Joseph.
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